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Bébé allaité qui refuse les solides : pourquoi et comment l’aider ?

Votre bébé allaité refuse les solides, tourne la tête devant la cuillère, et ne semble vouloir que le sein. Entre 4 et 6 mois, lors de l’introduction des aliments solides, certains bébés montrent des signes de réticence, ce qui peut inquiéter et beaucoup questionner les parents. Bien souvent, c’est aussi la pression du corps médical ou de l’entourage qui augmente l’inquiétude et la culpabilité, et remet en cause l’allaitement.

Pourtant, ces difficultés alimentaires sont courantes, et n’ont la plupart du temps rien d’anormal, surtout chez les bébés allaités, qui n’ont pas forcément les mêmes réactions ni les mêmes attentes que des bébés habitués au biberon.

Voyons ensemble les principales raisons, et comment y remédier tout en respectant les besoins de l’enfant, et sans remettre en cause l’allaitement si vous y prenez du plaisir et que votre bébé en a besoin.

Le lait, la base de l’alimentation jusqu’à 1 an

Le lait maternel est un aliment complet qui répond parfaitement aux besoins nutritionnels de votre bébé, même après le début de la diversification alimentaire. Jusqu’à un an, il reste la source principale de nutriments et d’énergie.

C’est pourquoi, si votre bébé refuse le biberon ou les solides, ou qu’il mange très peu, il continue tout de même de recevoir la plupart des nutriments dont il a besoin via l’allaitement.

Le lait maternel a aussi une particularité intéressante : sa composition évolue, et son goût change selon votre alimentation. Votre bébé a donc déjà découvert, à travers les tétées, une palette de saveurs. Cela facilite souvent l’acceptation des aliments par la suite, même si le démarrage est lent.

Non, il ne faut pas arrêter l’allaitement pour qu’il mange

C’est la phrase que beaucoup de mères entendent, souvent avec beaucoup de conviction, et parfois de la part de professionnels. Elle mérite d’être nuancée.

Un bébé qui tète beaucoup et mange peu n’a pas besoin d’un sevrage, il a besoin qu’on ajuste progressivement le rythme de ses apports. Ce sont deux choses très différentes. Arrêter brutalement l’allaitement ne crée pas un enfant qui mange, cela crée un enfant qui a perdu son principal repère de réconfort, souvent au moment même où on lui demande un gros apprentissage.

Si votre allaitement vous convient et que votre bébé y trouve ce dont il a besoin, il n’y a aucune raison de l’interrompre pour faire avancer la diversification. Ce qui se travaille, c’est l’espacement, le rythme et l’appétit, pas l’arrêt.

Pourquoi un bébé allaité refuse-t-il les solides

L’introduction des aliments solides est une étape importante du développement, mais certains bébés allaités peuvent se montrer moins enthousiastes que d’autres. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces réactions.

Une préférence pour le lait maternel

Les bébés allaités aiment le goût du lait maternel, toujours à disposition, à la bonne température, et parfaitement adapté à eux. Face à cela, une purée de courgette tiède ne fait pas le poids. Ils peuvent mettre du temps à s’habituer à de nouvelles textures, à de nouveaux goûts, et à l’acte même de manger solide.

La tétée n’est pas seulement un repas

C’est un point essentiel qui entre en jeu. Une tétée, c’est aussi un câlin, un apaisement, un retour au calme, une connexion. Un repas, non. Quand votre bébé réclame le sein plutôt que son assiette, il ne demande pas toujours à manger : il demande parfois simplement à être rassuré.

Cela explique pourquoi les refus augmentent dans les périodes de fatigue, de séparation ou de grands changements.

Il n’a pas faim, tout simplement

Lorsqu’un bébé tète encore à la demande et qu’il est satisfait par son lait, il peut simplement ne pas avoir faim pour autre chose. Des tétées fréquentes ou une tétée peu de temps avant le repas suffisent à réduire ou supprimer l’appétit. Cela nécessitera petit à petit d’espacer les tétées pour lui donner l’envie et l’appétit de manger de nouveaux aliments.

Un désir d’autonomie et de découverte

Dès 6 à 7 mois, certains bébés montrent un fort désir d’autonomie. Ils peuvent vouloir manger seuls, toucher, explorer, ce qui explique le refus d’être nourri à la cuillère. Ce n’est pas un refus de se nourrir, c’est un refus de la manière de faire.

Des périodes de changement ou de maladie

Certaines périodes sont moins propices à l’envie de découverte : poussée dentaire, rhume, entrée en crèche, reprise du travail. Le bébé cherche avant tout de la réassurance et privilégie les tétées. Dans ce cas, on patiente et on repropose plus tard, sans en faire un enjeu.

Le regard de la puéricultrice

Beaucoup de mamans arrivent en consultation avec une question déjà tranchée par quelqu’un d’autre : est-ce qu’il faut sevrer. On leur a dit que le lait maternel n’était plus adapté ni suffisant, qu’il fallait bien qu’il commence à manger un jour, et elles ne savent plus que faire, entre leurs ressentis et les avis entendus.

Ce que nous abordons en premier, c’est le projet et l’objectif de la maman. Et si ce souhait de continuer à allaiter est présent, alors on ne parle pas de sevrage, mais on reprend les horaires des tétées dans la journée. Très souvent, il suffit d’adapter une chose : avoir un vrai créneau de faim avant le repas. On décale progressivement, on observe ce qu’il se passe, et souvent l’enfant commence à manger. Sans toucher à l’allaitement, qui a toujours toute sa place.

Quelles astuces si bébé ne veut que le sein

Face au manque d’intérêt ou au refus des solides, il est important de ne pas forcer et de ne pas s’alerter, le lait couvrant encore la majorité des besoins. Quelques pistes pour faciliter la transition.

1. Tester le solide avant et après la tétée

Il n’y a pas de règle universelle, et les deux fonctionnent selon les bébés. Proposé juste après la tétée, le repas arrive sur un bébé détendu, qui n’est pas en situation de faim intense, ce qui aide beaucoup au début. Proposé avant, il arrive sur un bébé qui a plus d’appétit, ce qui devient intéressant une fois la découverte lancée.

Essayez les deux, sur plusieurs jours, et observez ce qui lui convient.

2. Espacer progressivement les tétées, sans les supprimer

Rythmer un peu plus les tétées, et laisser un temps de digestion entre la tétée et le repas, facilite nettement l’envie de manger. Comptez au minimum une à deux heures d’écart.

L’objectif n’est pas de réduire l’allaitement, mais de créer des fenêtres de faim. Faites-le doucement, une tétée à la fois, en observant le confort de votre bébé et le vôtre.

3. Proposer régulièrement, sans insister

Même si bébé refuse les premières fois, continuez à présenter des aliments variés, sans forcer. Il faut parfois plus de dix présentations d’un aliment avant que l’enfant ne l’accepte. Proposez également de différentes manières : cru, cuit, en morceaux, écrasé, mélangé.

4. Laisser explorer et découvrir les aliments

Les bébés ont besoin de toucher, sentir et jouer avec leur nourriture pour se l’approprier et comprendre la texture. Accepter cette exploration, même si cela est parfois difficile et salissant, peut aider bébé à s’habituer aux solides.

bébé mange des morceaux en DME

5. Proposer de manger en autonomie

Les bébés allaités sont souvent très demandeurs d’autonomie à table, ce qui s’explique aussi par le fait qu’ils gèrent eux-mêmes leur tétée depuis la naissance. Si votre bébé semble avoir envie de manger seul, vous pouvez mettre en place la DME (diversification menée par l’enfant), en donnant des aliments faciles à attraper, comme des bâtonnets de légumes cuits ou de gros morceaux de fruits tendres.

En respectant les règles de sécurité : bébé qui tient assis (vers 6 à 8 mois), installé dans une chaise haute, avec des morceaux de taille et de texture adaptées.

6. Mettre en place un rythme adapté

L’horloge biologique a besoin de repères pour se caler. Mettez en place de la régularité dans les horaires de repas et de sommeil, afin de favoriser les sensations de faim de votre enfant, et pour qu’il arrive en forme au repas. Cette régularité est d’autant plus utile quand les tétées, elles, restent à la demande.

7. Manger avec lui

Les bébés agissent beaucoup par imitation. Manger ensemble, proposer des plats familiaux, peut donner envie à votre enfant et l’encourager à faire de même. Installez-le à table avec vous, même s’il ne mange presque rien au début : il apprend en observant.

8. Accepter de respecter son rythme

Tous les bébés ne se développent pas de la même manière. Adaptez-vous à votre enfant, à son appétit, à ses besoins. Le principal étant qu’il soit en bonne santé et qu’il ait une courbe de poids régulière.

Votre rôle est de décider « quoi, quand et où » votre enfant mange. Le sien est de décider s’il mange, et en quelle quantité.

Les repères âge par âge

Voici comment s’articulent habituellement tétées et repas au fil des mois, chez un bébé allaité.

Âge Place des tétées Repas proposés Ce qui est normal
4 à 6 mois À la demande, la totalité des apports Une découverte par jour, ou aucune Bébé goûte à peine, ou refuse
6 à 8 mois À la demande, l’essentiel des apports Un à deux repas, après la tétée Quantités très variables d’un jour à l’autre, refus encore fréquents
8 à 10 mois Encore majoritaires Deux à trois repas, en décalant la tétée Premiers repas réellement mangés
10 à 12 mois Toujours importantes Trois repas et un goûter Tétées de réconfort maintenues
12 à 18 mois En complément des repas Repas familiaux adaptés Tétées matin, soir et nuit encore fréquentes

Ces repères sont des moyennes, pas des objectifs à atteindre. Un bébé allaité qui mange moins que le repère de son âge, et dont la courbe de poids est régulière, va bien. Observez votre enfant plutôt que le tableau.

Le fer chez le bébé allaité : ce qu’il faut savoir

C’est l’argument que l’on évoque souvent aux mères qui allaitent longtemps, et il mérite d’être expliqué et nuancé.

À partir de 6 mois, les réserves en fer constituées pendant la grossesse s’épuisent progressivement, et les besoins de l’enfant augmentent en parallèle. C’est l’alimentation qui prend le relais pour les apports. Le lait maternel contient peu de fer, mais celui-ci est très bien absorbé par l’organisme du bébé, bien mieux que celui d’autres sources.

Concrètement, cela ne veut pas dire qu’il faut forcer votre bébé à manger. Cela veut dire qu’il est utile de proposer régulièrement des aliments qui en contiennent : viandes, poissons, œufs, légumineuses. Même en petites quantités, même goûtés du bout des lèvres, ces propositions comptent.

Et si votre bébé mange très peu au-delà de 8 ou 9 mois, et que vous avez des questions à ce sujet, refaire le point avec votre médecin est la première étape.

Et si vous reprenez le travail

La reprise du travail change souvent la donne, et pas toujours dans le sens attendu. Certains bébés compensent l’absence en tétant davantage le soir, la nuit et le week-end, et mangent peu en journée. D’autres, au contraire, se mettent à manger plus facilement chez la nounou ou à la crèche qu’à la maison.

Les deux situations sont normales. Ce qui compte, c’est la quantité globale sur vingt-quatre heures, pas repas par repas.

Quand s’inquiéter des difficultés de diversification

Certains signes justifient un avis médical

  • Un refus total de toute forme de diversification, ou des quantités vraiment très faibles passé 7 à 8 mois
  • Une stagnation ou une perte de poids
  • Des fausses routes, des toux répétées ou des vomissements pendant les repas
  • Un refus qui s’installe et qui rend chaque repas conflictuel

Dans ces situations, il sera nécessaire de refaire un bilan avec le médecin qui suit votre enfant, pour écarter tout problème sous-jacent : reflux, allergie, difficulté d’oralité, frein restrictif.

En parallèle, consulter un professionnel de santé, diététicien, orthophoniste, puéricultrice spécialisée, afin de comprendre ce qui bloque et surtout comment adapter la diversification et les apports à votre bébé, peut être d’une grande aide et vous apporter un vrai soutien.

Mais rappelez-vous que certains bébés, allaités ou non, ont besoin de temps pour accepter un nouveau mode d’alimentation, sans qu’il n’y ait aucun souci et sans aucune conséquence pour leur santé ni pour la suite de l’alimentation.

Vos questions les plus fréquentes

Faut-il proposer le solide avant ou après la tétée ?

Les deux fonctionnent. Après la tétée au tout début, pour un bébé détendu qui découvre. Avant la tétée ensuite, quand on cherche à installer l’appétit. Testez les deux sur quelques jours et observez.

Faut-il réduire les tétées pour que mon bébé mange ?

Il ne s’agit pas de les réduire, mais de les espacer un peu, pour créer de vraies fenêtres de faim. Vous pouvez tout à fait continuer à allaiter autant que vous le souhaitez, en ajustant simplement le moment des tétées autour des repas. Concernant les tétées de nuit, c’est à nuancer : si votre bébé tète encore fréquemment la nuit, alors il pourra être nécessaire de les réduire progressivement pour inverser la tendance alimentaire.

Un bébé allaité mange-t-il moins qu’un bébé au biberon ?

Souvent, oui, au début de la diversification, et c’est parfaitement normal. Le lait maternel reste très nourrissant et disponible à la demande. Les écarts se lissent généralement par la suite.

Dois-je sevrer mon bébé pour qu’il accepte les solides ?

Non. Un sevrage imposé pour faire manger un bébé produit rarement le résultat espéré, et prive l’enfant d’un repère important. On travaille le rythme et l’appétit, pas l’arrêt de l’allaitement.

En conclusion

Chaque bébé est différent dans son approche de la diversification alimentaire. Le lait maternel continue de jouer un rôle fondamental jusqu’à 1 an au moins, et les refus de solides dans les premiers mois, ou de manière ponctuelle, ne sont généralement pas préoccupants.

Avec patience, bienveillance et adaptation, votre bébé finira par prendre goût à l’alimentation. Et vous pouvez continuer à allaiter tant que cela vous convient à tous les deux.

Les repas restent un sujet au quotidien ?

L’accompagnement Difficultés alimentaires part de la situation réelle de votre enfant : le rythme des tétées, ce qui bloque à table, votre organisation. Nous construisons ensemble un plan d’action adapté, sans forçage, et sans remettre en cause votre allaitement.

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Pauline Lotte, infirmière puéricultrice

Écrit par

Pauline, puéricultrice spécialisée sommeil et alimentation de l’enfant

DE puéricultrice · DU nutrition pédiatrique · 500 h de formation depuis 2018 · Formatrice premiers secours

Infirmière puéricultrice depuis 18 ans, je suis spécialisée dans le sommeil et l’alimentation des enfants de 0 à 6 ans, et je continue à me former régulièrement sur ces deux sujets.

L’alimentation du jeune enfant – diversification, reflux, refus alimentaire, problématiques de poids, choix des laits infantiles… – est l’objet de ma formation universitaire en nutrition pédiatrique et de mes formations complémentaires.

J’accompagne plus de 200 familles par an, en téléconsultation, au cabinet et à domicile sur Paris et dans le Val-de-Marne.

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