Bébé allaité refuse le biberon : que faire ?
L’introduction du biberon chez un bébé allaité peut entrainer un refus assez franc de la part du bébé, et parfois devenir une réelle source de stress pour les parents.
Le bébé habitué au sein, peut totalement refuser cette nouvelle méthode d’alimentation, surtout lorsqu’il a déjà plus de 3 ou 4 mois et est bien habitué au sein.
Pourtant, pour de nombreuses raisons (retour au travail, nécessité de passer le relais au coparent ou à une autre personne, ou tout simplement le souhait de passer en allaitement mixte ou sevrer), l’introduction du biberon devient souvent nécessaire.
Ces difficultés peuvent être vraiment difficiles à vivre au quotidien, et mettre toute la famille à rude épreuve, engendrant beaucoup de questionnements et d’angoisses autour de ce sujet. Mais elles n’ont rien d’anormal et sont très fréquentes, et la plupart du temps passagères.
Voyons ensemble les principales raisons de ces refus, et surtout les astuces pour y remédier tout en respectant les besoins de l’enfant, et les vôtres !
Pourquoi un bébé allaité refuse-t-il le biberon ?
Les bébés allaités sont naturellement très attachés à la tétée : chaleur, odeur, contact peau-à-peau avec maman, et goût très doux du lait maternel. Le biberon, avec sa tétine différente et son mode d’alimentation plus mécanique, peut être perturbant.
Quelques raisons principales du refus du biberon chez les bébés allaités :
- Le lien avec maman et le réconfort de la tétée : le sein ne représente pas seulement une source de nourriture pour bébé, mais aussi un moment de réconfort et de proximité avec sa mère ; le biberon, même donné par maman, ne procure pas le même plaisir et la même réassurance.
- Une question de texture, de forme et de succion : les tétines des biberons ne ressemblent ni en forme ni en texture au mamelon, la manière de téter et le débit du lait sont également très différents, avec moins de gestion du débit pour le bébé, qui peut être perturbé, refuser la nouvelle sensation en bouche ou être surpris par le débit de lait.
- Un besoin d’autonomie : certains bébés, surtout autour de 6-8 mois, ayant l’habitude d’être « acteur » des tétées, peuvent préférer passer directement aux aliments solides ou boire à la tasse plutôt que d’accepter le biberon.
- Le goût du lait : c’est parfois le goût du lait artificiel, complètement différent du lait humain, que l’enfant refuse, étant habitué à un lait très doux, aux saveurs variées selon l’alimentation de la maman, et très digeste.
- Le goût du lait maternel tiré : chez certaines mères, le lait contient beaucoup de lipase, une enzyme qui continue à travailler les graisses après le recueil. Quelques heures au réfrigérateur ou un passage par le congélateur suffisent alors à donner au lait un goût savonneux ou métallique, que le bébé refuse alors qu’il boirait le même lait fraîchement tiré. C’est une piste à laquelle on ne pense presque jamais : goûtez votre lait après conservation. Si le goût a changé, chauffez-le fortement juste après l’avoir tiré, jusqu’aux premiers frémissements sur les bords de la casserole, sans le faire bouillir, puis refroidissez-le rapidement avant de le conserver.
Le lait : une base essentielle jusqu’à 1 an
Le lait maternel est un aliment complet qui répond parfaitement aux besoins nutritionnels de votre bébé.
Jusqu’à un an, le lait, maternel ou artificiel, reste la source principale de nutriments et d’énergie. La diversification alimentaire apporte d’autres nutriments et de nouvelles textures, mais ne couvre pas tous les apports nutritionnels.
C’est pourquoi, si vous devez sevrer votre bébé du sein, et qu’il refuse le biberon, il sera nécessaire de trouver une autre manière de lui apporter du lait.
Jusqu’à un an, il est important d’apporter un minimum de 500 ml de lait par jour afin de couvrir les apports nécessaires à la croissance de l’enfant. Les laitages en remplacement ne sont pas suffisants avant un an (ils apportent le calcium, mais pas les autres nutriments, et sont en règle générale trop riches en protéines pour être donnés à chaque repas à un tout-petit).
Quelles sont les solutions pour encourager un bébé allaité à accepter le biberon ?
Comme pour beaucoup de changements dans la vie d’un bébé, il sera primordial de faire preuve de patience et d’adaptation.
Plutôt qu’une longue liste de pistes à essayer en vrac, voici une manière progressive de faire que j’utilise avec les familles que j’accompagne : quatre étapes, dans cet ordre. On ne passe à la suivante que si la précédente n’a rien donné.
Deux points de vigilance importants. Certains bébés, à l’inverse, acceptent mieux le biberon quand ils ont vraiment faim. C’est une piste que vous pouvez tester, mais jamais au-delà d’un repas décalé, et jamais si votre bébé pleure de faim : au-delà, on n’apprend pas au bébé à boire, on lui apprend que le repas est un moment de détresse.
Il est aussi possible d’aromatiser le lait avec un peu de céréales, de purée ou de compote pour stimuler son appétit, en variant à la fois les goûts et les textures. Cette piste est à réserver aux bébés ayant déjà commencé la diversification.
Combien de temps prévoir ? Si vous préparez une reprise du travail, comptez trois à quatre semaines d’essais avant la date. C’est le délai qui permet d’avancer sans précipitation, et de laisser des pauses de quelques jours quand le refus se durcit. S’y prendre la semaine précédente est la situation la plus difficile à débloquer, parce que la pression parentale est alors à son maximum, et que les bébés la perçoivent très bien.
Et si mon bébé ne boit rien de la journée ? C’est fréquent, surtout dans les premières semaines de garde. Beaucoup de bébés boivent très peu chez la nounou ou à la crèche, puis compensent entièrement sur les tétées du soir, de la nuit et du matin. Tant que la courbe de poids suit et que les couches restent bien mouillées, ce fonctionnement n’est pas inquiétant : il s’agit d’un décalage, pas d’un manque. La plupart des bébés rééquilibrent progressivement en quelques semaines.
En conclusion
L’introduction du biberon chez un bébé allaité peut être un vrai défi, mais avec patience et bienveillance, il est possible de trouver une solution qui convient à bébé et à ses parents.
Chaque bébé est différent, et certains prendront plus de temps que d’autres pour s’adapter à cette nouvelle manière de se nourrir. Proposer régulièrement sans insister, faire preuve de patience et rester ouvert à d’autres alternatives sont les maîtres mots.
Le plus souvent, les bébés finissent par s’y habituer, mais certains bébés, eux, n’accepteront jamais le biberon (soyons francs, cela arrive !), et il sera dans ce cas nécessaire de trouver d’autres options pour couvrir les besoins nutritionnels.
Écrit par
Pauline, puéricultrice spécialisée sommeil et alimentation de l’enfant
DE puéricultrice · DU nutrition pédiatrique · 500 h de formation depuis 2018 · Formatrice premiers secours
Infirmière puéricultrice depuis 18 ans, je suis spécialisée dans le sommeil et l’alimentation des enfants de 0 à 6 ans, et je continue à me former régulièrement sur ces deux sujets.
L’alimentation du jeune enfant – diversification, reflux, refus alimentaire, problématiques de poids, choix des laits infantiles… – est l’objet de ma formation universitaire en nutrition pédiatrique et de mes formations complémentaires.
J’accompagne plus de 200 familles par an, en téléconsultation, au cabinet et à domicile sur Paris et dans le Val-de-Marne.
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